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"Mon classique à moi" de My blue hour

Habanita (de Molinard) par Sophie Normand, de My blue hour

J'aurais pu parler de L'Heure Bleue, le plus beau des parfums à mon nez, mais j'en ai déjà tellement
parlé sur mon blog... Alors j'ai choisi Habanita, que j'aime presque autant. C'est surtout celui qui m'a introduit dans l'univers des parfums, le parfum fétiche de mon adolescence, mon premier amour en quelque sorte. Je suis retombée sous le charme il y a un an, et je l'aime presque toujours autant, la seule différence est que je ne pourrais plus le porter aussi souvent que je le faisais à une époque.
Des images me reviennent parfois du jour où j'ai senti Habanita pour la première fois, dans un musée à Grasse alors que je n'avais que 13 ans. Ce fût un véritable choc olfactif, une révélation. J'avais toujours été sensible à l'univers des parfums, mais jamais aucun ne m'avait interpellée jusque-là. C'est devenu mon odeur, ma signature olfactive, il s'est produit quelque chose d'addictif.

C'est d'ailleurs celui qui m'a fait tant aimer les parfums orientaux et poudrés par la suite, tout comme les senteurs vanillées, car je n'ai jamais eu conscience d'aimer la vanille jusqu'au jour où j'ai senti Habanita pour la première fois. Depuis je ne cesse de rechercher dans les gammes de laits corporels ou de gels douche, cette vanille boisée, sombre, sensuelle, racée, que l'on perçoit dans Habanita.
C'est probablement l'accord vanille / vétiver, qui ressort plus ou moins différemment selon les peaux, qui donne entre autres cette dimension à ce parfum. J'ai remarqué que le vétiver s'impose plus sur la peau des hommes, tandis que la vanille se fait plus dominante sur les femmes. Mais il ne s'agit pas d'une vanille hyper sucrée, écœurante ou "girly". Non, c’est une belle vanille envoûtante, un peu boisée, un peu tabac même, complexe car c'est tout sauf un parfum ‘soliflore’, bien au contraire. C'est justement ce qui interpelle dans ce parfum, malgré son fond persistant ambré, vanillé et boisé : on sent bien qu'il est doté d'une pyramide olfactive riche et complexe.

Le départ d'Habanita est pourtant un peu aigre, pas toujours des plus agréables. Sans doute en raison de sa note citronnée en tête, aux côtés du galbanum et de la bergamote, associés à la fleur d'oranger. Mais, une fois passées les premières minutes, voire le premier quart d'heure, s'installe peu à peu une senteur unique, dense, où l'on perçoit d'emblée une sensualité évidente, une touche orientale, qui perce sous un cœur fleuri. En effet, si l'on y sent bien le jasmin et l’ylang ylang, Habanita se compose également de rose. Mais le cèdre vient apporter une touche boisée, qui annonce d'emblée les effluves ambrés-tabac de ce parfum. Puis des notes de vétiver viendront s'y ajouter, aux côtés de l'ambre, du benjoin et de la vanille, sans oublier les muscs. Mais Habanita ne serait pas non plus le même sans le fameux héliotrope qui lui donne cette touche poudrée qui fait tout son charme. On peut aussi y percevoir des accents cuirés, manifestement plus présents dans la version extrait.

J'ai souvent lu que les femmes qui aiment Habanita se sentent plus séductrices quand elles le portent, et c'est vrai. Se parfumer avec Habanita, c'est s'entourer d'un nuage sensuel, licencieux ; ce parfum nous plonge directement dans un univers chaud, lascif. On pense à La Havane, à une atmosphère cubaine. Un jour on m'a dit que j'avais un parfum "aphrodisiaque" et ce n'est rien de dire qu'il ne laisse pas indifférent. Il est réellement envoûtant. Il est, en outre, pour une eau de toilette (la forme la plus couramment distribuée dans le commerce) d'une tenue remarquable. Il a d'ailleurs été qualifié à l'époque de parfum ‘le plus tenace au monde’. Créé en 1921, Habanita était d'abord destiné aux femmes qui souhaitaient masquer l'odeur de la cigarette, avant de devenir un véritable parfum en 1924, d'où peut-être sa tenue et sa force de diffusion. Car il est inutile d'en mettre trop, sinon il perdrait presque son charme pour devenir trop entêtant.
Je ne l'ai malheureusement sûrement pas connu sous sa forme originelle puisqu'il semble avoir été reformulé au cours des années 80. Mais depuis que je l'ai senti pour la première fois (il y a plus de 15 ans maintenant), j'ai déjà l'impression qu'il a légèrement bougé. Pas de façon choquante, mais il se pourrait qu'il ait été un peu édulcoré. Il n'en reste pas moins sublime et troublant, à condition d'aimer les parfums orientaux.

Mon classique de demain ?

J'aimerais qu'un jour, un nouveau parfum me fasse le même effet saisissant qu'Habanita. Car n'est-ce pas là toute la force du parfum en général ? Le pouvoir de transporter dans un autre monde, de procurer des émotions fortes... Je rêve donc d'un ‘parfum du futur’ capable de me faire voyager, de me surprendre, capable de laisser une empreinte inoubliable, un souvenir indélébile.

A propos de l’auteur

Sophie Normand confie être passionnée de parfums depuis son adolescence. Sur My blue hour, le blog qu’elle a créé fin 2008, Sophie partage ses coups de cœur olfactifs avec d’autres passionnés. ‘J'avais envie de m'exercer dans un autre registre d'écriture que celui de mon métier, rédactrice web’ raconte-t-elle. Le choix du nom de son blog n’est pas un hasard : ‘Je l'ai appelé My blue hour, en référence à mon parfum préféré, L'Heure Bleue’.
Découvrir le blog : http://mybluehour.blogspot.com